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Publié le 4 décembre 2008

Que reste-t-il de l’héritage de Norbert Zongo ?

Dieudonné Soubeïga, du journal « L’Etalon enchaîné » était le modérateur avec autour de lui Me Prosper Farama, Avocat à la Cour, Pr. Mahamadé Savadogo, Philosophe, Enseignant à l’Université de Ouagadougou, Me Fako Bruno Ouattara, Avocat à la Cour, et M Abdoul Karim Sango, Juriste, Politicien, Enseignant à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature, comme personnes ressources.


Des panélistes très compétents (de g à d) : Me Fako Bruno Ouattara, Me Prosper Farama, Dieudonné Soubeïga, Pr. Mahamadé Sawadogo, et Abdoul Karim Sango

Norbert Zongo : journaliste et intellectuel engagé

Après la présentation des panélistes, le modérateur Dieudonné Soubeïga a passé la parole au Pr. Mahamadé Savadogo. Celui-ci a mis l’accent sur le fait que le principal héritage de Norbert Zongo c’est son profil d’intellectuel engagé et que son engagement a eu un grand impact sur la société burkinabè. Il a aussi noté que son assassinat a induit un changement politique avec des conséquences sur la politique nationale par la mobilisation des gens. Pour lui, Norbert Zongo a créé une nouvelle attitude collective à travers sont courage de s’exprimer. Chaque société connaît des événements fondateurs et pour le Pr. Savadogo c’était Norbert Zongo qui constituait le début des intellectuels engagés, engagé par l’expression d’opinion.

Un puissant symbole pour la jeunesse

Pour Me Prosper Farama, Norbert Zongo est incontestablement un des plus puissants symboles de la lutte pour la liberté et la justice au Burkina Faso. Sa lutte a mis une « grosse loupe sur la justice ». A propos de l’impact de sa lutte, il a estimé que les gens paraissent trop pressé, car si l’on se réfère au sacrifice de Martin Luther King aux Etats-Unis d’Amérique, force est de constater qu’il a fallu attendre plusieurs années pour voir se réaliser son rêve aujourd’hui dans l’élection de Barak Obama, un candidat noir à la Maison blanche.

Le chemin est encore long sur le champ politique

En homme politique Abdoul Karim Sango a vu l’héritage de Norbert Zongo d’un œil critique. Il a constaté que les citoyens commençaient à avoir un regard critique sur les responsabilités de hommes politiques. Mais dans l’ensemble, les gens croient peu au changement politique. Pour preuve, il y a seulement une petite fraction de la population burkinabè qui est enregistrée aux listes électorales. A l’avis de M. Sango elle ne représente pas la majorité, et n’est pas capable de faire changer les choses. Il note également que la plupart des intellectuels n’expriment pas leurs opinions pour ne risquer pas leurs carrières.

Participants à la rencontre mensuelle du RIJ, 28 novembre 2008

Zongo et Sankara

Pour Me Fako Bruno Ouattara Norbert Zongo est grand symbole autant que Thomas Sankara. Mais les deux hommes ont aussi quelque chose d’autre en commun. Il a constaté que la justice ne réagissait pas dans les deux cas. Il a regretté qu’il ait plus de corruption maintenant qu’il y a. Mais il relève que le sacrifice de Norbert Zongo a permis à ce que la justice soit maintenant sensibilisée à son devoir et son rôle.

Les journalistes doivent mieux faire

A la question Soubeïga de savoir si Norbert Zongo serait fier du journalisme d’aujourd’hui les panélistes ont été unanimes à reconnaître qu’il existe maintenant une multitude de journaux, de radios et de télévisions privées. C’est le signe d’une volonté d’expression libre. Mais pour M. Sango il y a deux sorts de presse : ceux qui veulent amuser la galerie et ils forment la majorité. Pour lui seulement une minorité travaille à la formation de l’opinion. L’esprit de la liberté d’expression avance, mais l’effort de produire en qualité doit s’accroître aussi.
Les hommes et les femmes de médias sont trop passifs et il faut qu’ils discutent entre eux-mêmes pour améliorer leurs conditions de travail.

Mais pour ne pas donner l’impression de trop demander aux journalistes, les autres corps de la société devraient prendre le relais des « lièvres » qui sont levés par la presse. C’est ainsi qu’on peut perpétuer la mémoire de Norbert Zongo. Car le courage est autant un acte qui doit durer, tout autant qu’il doit susciter une adhésion collective.

En conclusion, les panélistes ont invité les journalistes à transformer le symbole de la liberté et de la justice qu’est Norbert Zongo en un symbole vivant.