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Publié le 26 juillet 2011

Soirée plaidoyer pour la promotion des femmes journalistes

Cette soirée plaidoyer faisait suite à quelques activités préalables :

-  Un atelier sur l’état des lieux du travail des femmes journalistes tenu le 12 mars 2011
-  Deux sessions de formation de 13 femmes journalistes sur « le leadership et les genres rédactionnels » en mai et juillet 2011
-  Une mini-étude sur la représentation et les responsabilités des femmes journalistes dans seize organes de presse
-  Des rencontres de plaidoyers individualisés avec quelques directeurs de médias.

Ladite soirée de plaidoyer avait pour public cible les directeurs de médias à même d’améliorer la situation professionnelle des femmes. Mais, elle a réuni aussi des femmes journalistes intéressées par le projet genre du RIJ et d’autres journalistes exerçant régulièrement au Burkina Faso.

D’autres personnes-ressources (formateurs du RIJ), des responsables de la FHS, de la GIZ, ainsi qu’une représentante du ministre conseillère de la Communication ont honoré de leur présence cette activité. Elle a duré de 19heures à 21heures et a été ponctuée par des discours à l’ouverture, un exposé suivi de débats avec les invités et des mots de remerciements à la fin des échanges.

Les allocutions d’ouverture

Avant d’ouvrir la série des allocutions, le journaliste monsieur Felix Koffi Amétépé formateur du RIJ et maître de cérémonie à l’occasion) a rappelé à l’assistance que les journalistes ont souvent été amenés à couvrir des manifestations sur la problématique du genre sans jamais vouloir s’interroger sur la situation des femmes dans leur propre milieu. Les journalistes ont été invités par les autres pour parler de genre. « Aujourd’hui c’est le tour des journalistes d’inviter d’autres acteurs à y réfléchir », a-t-il souligné avant de donner la parole au coordonnateur du RIJ pour son mot de bienvenue.

Le coordonnateur du RIJ monsieur Fabrice Yibour Bazié a emboîté son pas en faisant remarquer que « Le RIJ a osé parler d’une question qui paraissait taboue dans le milieu de la presse ». Cela, après avoir remercié le ministère de la Communication, la FHS, la GIZ, les patrons et responsables de presse présents, ainsi que tous les journalistes présents. « La situation de la femme journaliste n’est pas reluisante, a-t-il poursuivi en annonçant les résultats édifiants de la mini-étude faite par un comité femmes au sein du RIJ ». Il a réaffirmé que l’amélioration des conditions professionnelles des femmes journalistes tient à cœur le RIJ qui entend poursuivre ses initiatives dans ce sens avec, naturellement, l’aide de ses partenaires. Avant de terminer son propos, il a remercié une nouvelle fois toutes les bonnes volontés en particulier le ministère de la Communication, la FHS, la GIZ et tous les membres du RIJ qui se sont investis pour la réussite de l’activité.

La deuxième allocution a été faite par la représentante de la GIZ madame Shapeler. Elle a déclaré que le combat que mène le RIJ est un combat pour la justice. C’est pourquoi, a-t-elle souligné, la GIZ y est impliquée. Elle a rappelé que la soirée de plaidoyer est un processus participatif qui a commencé depuis mars 2011 et qui lui avait permis, depuis, de se faire une idée de la situation des femmes dans les médias : « Il y a une discrimination latente dans les médias » a-t-elle martelé avant d’ajouter que notre responsabilité collective est d’éviter de mettre à l’écart une partie des compétences existant au Burkina Faso. Pour clore son discours d’encouragement aux membres du RIJ, madame Shapeler a souhaité que cette soirée puisse aider à l’avancée de la situation de la femme journaliste et proposé la mise en place d’un observatoire sur la situation de la femme journaliste.

Le représentant de la FHS au Burkina monsieur Pascal Thiombiano a prononcé le troisième et dernier discours avant la présentation des résultats de la mini-étude sur la situation des femmes journalistes. Il a d’abord présenté la FHS qui est une fondation politique allemande qui existe dans soixante-dix pays avec un bureau Afrique de l’ouest basé à Accra au Ghana. Dans sa brève allocution, il salué l’initiative du RIJ de « consacrer une soirée à l’autre moitié du ciel ». Monsieur Pascal Thiombiano a aussi souhaité, pour sa part, que les membres du RIJ tirent profit de cette riche expérience et que les patrons de presse capitalisent les résultats de ce projet en général et de cette soirée en particulier.

Après ces mots d’ouverture, madame Pauline Yaméogo, journaliste membre du RIJ et du comité femmes du réseau a présenté les résultats de la mini-étude sur la situation des femmes dans les médias.

La présentation des résultats de la mini-étude

Madame Pauline Yaméogo a présenté sa synthèse comme le résultat d’une mini-étude réalisée auprès d’un échantillon d’organes de presse et de femmes journalistes. Ces résultats montrent montre la situation des femmes journalistes à travers leur représentation et leur présence aux postes de responsabilité.

Sur 198 journalistes recensées dans des organes de presse écrite, audiovisuelle et en ligne, il y a 46 femmes dont 6 seulement occupant des postes de responsabilité (voir tableau en annexe). La communicatrice a interprété ces résultats comme la manifestation d’une sous-représentation des femmes dans les organes de presse et de leur quasi-absence aux postes de décision.

Madame Pauline Yaméogo a rappelé que le 12 mars 2011, le RIJ a organisé une rencontre avec les femmes journalistes pour faire un premier diagnostic qui avait déjà permis de cerner les préoccupations majeures des femmes journalistes au Burkina Faso. C’était l’occasion, a-t-elle rappelé, pour les anciennes de partager leurs expériences avec les plus jeunes. C’est à cette occasion, selon madame Pauline Yaméogo, que le Comité femmes du RIJ a rangé les problèmes des femmes journalistes en deux paniers : les problèmes inhérents à la femme journaliste elle-même (insuffisance de formation, crainte d’aborder les sujets à polémiques, manque de leadership…) et les problèmes liés à son environnement immédiat et lointain (pesanteurs socio-culturelles, incompréhensions des hommes, violences morales, manque de solidarité, charges familiales…)
Après cette présentation, la communicatrice a proposé quelques solutions :

Les femmes doivent vaincre leur timidité, oser exprimer et défendre leurs idées, s’imposer, prouver qu’elles peuvent assumer des responsabilités, les patrons peuvent aider les femmes à sortir de la situation (leur demander de faire des reportages politiques…), laisser les femmes raconter le monde selon leurs visions.

Elle a aussi proposé quelques stratégies :

Faire l’état des lieux de la contribution des femmes à la promotion de la démocratie et du développement, établir un plan d’évolution de la femme au sein des médias, mettre en place un observatoire.

Les débats

Madame Hortense Zida, journaliste et modératrice a planté le décor des discussions avec un article du Courrier international relatif à la nouvelle directrice du Fonds monétaire international. L’article intitulé « le pouvoir et les femmes » évoquait en intérieur de page en substance cette question « Et si Christine (Lagarde) s’était appelée Christian ? »

Dans l’article de la journaliste, Christine Lagarde a parlé de son passé d’avocate, de ministre, de directrice du FMI et de son « expérience de femme ». Par « expérience de femme » il faut comprendre que les femmes sont moins disposées à prendre des risques démesurés, donc elles paraissent de meilleures dirigeantes. « Les femmes sont demandées et convoitées…Surtout si elles allient charme et compétence » a conclu l’article relayé par madame Hortense Zida. Elle a ensuite ouvert les débats.

Les débats ont porté sur les points suivants :

-  Le directeur de publication du journal L’Evénement a fait un rectificatif au sujet du nombre de femmes dans son organe de presse. Il a précisé que son journal compte une femme qui anime la rubrique internationale depuis son lieu de résidence aux Etats Unis. Il a martelé ensuite « Je suis demandeur de femmes journalistes dans ma rédaction ». Monsieur Germain Nama a plaidé la cause des femmes journalistes en soulignant qu’elles sont de plus en plus offensives.

-  Madame Aminata Ouédraogo, conseillère du ministre de la communication, a affirmé que la situation de la femme est presqu’identique dans tous les corps de métiers mixtes. En effet, selon la conseillère technique, cela est lié au statut de la femme dans la société burkinabè. Il n’empêche que les femmes doivent se battre pour se faire une bonne place au soleil en ayant à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’un combat contre les hommes. Avant de terminer son intervention, elle s’est réjouie du fait que l’Etat ne fait pas de blocage à l’émancipation.

-  Mme Marcelline Ilboudo, journaliste et aujourd’hui chargée de communication du Conseil constitutionnel, a insisté pour sa part sur la nécessité que les femmes journalistes soient bien formées et qu’elles soient, mieux encore, spécialisées dans divers domaines de la vie.

-  Monsieur Sylvestre Ilboudo, journaliste, a évoqué le fait que les femmes journalistes doivent nécessairement concilier les obligations familiales et professionnelles au risque de se mettre en marge de la société.
-  Cette intervention a suscité d’autres discussions plus ou moins discordantes dans la salle.
-  Puis d’autres jeunes femmes journalistes ont pris la parole pour faire des témoignages au sujet de leurs difficultés avec leurs parents ou leurs partenaires en raison de leurs obligations professionnelles de journalistes.
-  Madame Shapeler de la GIZ a aussi fait un témoignage sur la situation des femmes en Allemagne. Là-bas aussi, a-t-elle expliqué, les femmes connaissent aussi quelques discriminations salariales même quand elles ont les mêmes diplômes et responsabilités que les hommes. C’est pourquoi, elle a encouragé les femmes journalistes à se poursuivre la lutte.
-  Avant de clore la série des interventions, madame Aminata Ouédraogo du ministère de la communication, a déploré le fait que les patrons de presse ne se soient pas déplacés massivement pour la circonstance. Mais, elle a invité les uns et les autres (en particulier le directeur de l’Evénement) à transmette le message et le RIJ à poursuivre le plaidoyer pour l’amélioration de la situation de la femme journaliste. Car, cet idéal est bien possible puisqu’elle-même a travaillé pendant 30ans dans une totale compréhension de son conjoint. Elle a promis aussi de finaliser une étude sur ce sujet pour y contribuer.

La clôture

Madame la conseillère technique a clos les travaux en remerciant tous les initiateurs et partenaires du projet et réitéré sa volonté d’accompagner, avec la bénédiction du ministre de la communication, le RIJ dans le cadre de ce pertinent projet.

Soumaïla RABO

Secrétaire Général du RIJ