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Publié le 3 mai 2010

Le RIJ s’incline devant le charme de la tradition africaine

Le musée de Manéga a été crée par Me Pacéré Titinga, premier avocat du Burkina et natif du village qui a donné son nom au musée. Le musée est divisé en deux grands espaces. La première partie est une exposition d’objets regroupés par thèmes et la deuxième partie fait une reconstitution architecturale des habitats traditionnels. Dans la première partie du musée, les objets sont exposés dans des pavillons qui sont subdivisés en plusieurs salles. C’est dans cet espace que commence notre prise de contact avec l’autre monde, celui des ancêtres.

Mais avant, il y a les formalités et les consignes à suivre attentivement. Toujours se décoiffer la tête avant d’entrer dans les salles et surtout « interdit de prendre des photos », il faut absolument respecter les ancêtres et la sacralité des objets qui sont exposés. Nous entrons dans une salle où sont exposés des fétiches. Notre guide, d’une voix aussi mystérieuse que le paysage dans lequel il nous a conduit, décrypte les représentations et les scènes.

Il y a dans cette pièce, quatre types de fétiches avec chacun un rôle spécifique. Nous faisons connaissance avec le fétiche de protection, le fétiche de haine, le fétiche de fécondité et le fétiche de sorcellerie. Le dernier est capable de transformer l’âme de l’Homme en animal et le fétiche de haine jette des mauvais sorts aux ennemis, explique notre guide Paul Sawadogo. Le fétiche de fécondité se distingue par des jumeaux qu’il porte. Ces fétiches caractérisent « Le bien et le mal » d’où le thème de cette exposition.

Dans une autre pièce du même pavillon, il y’a une exposition d’armures et la représentation d’une scène de guerre. Les tenues de guerre ou de chasse ont le pouvoir de rendre invisible devant l’ennemi ou le danger et sont munies d’amulettes qui leur confèrent des pouvoirs de gilets pare-balles. Selon notre guide, les tenues comme bien d’autres objets du musée continuent d’être entretenues comme de leur temps avec des produits naturels. Des personnes coutumières dans les villages viennent souvent faire des rites et des sacrifices qui permettent à ces objets authentiques de conserver leurs pouvoirs. Tous les objets ne sont pas authentiques, certains sont des représentations. Ce sont les objets authentiques qui gardent leur sacralité et leurs pouvoirs.

Certains fétiches et masques authentiques sont conservés dans la réserve du musée qui est une partie inaccessible au grand public. Un jour, raconte notre guide bien instruit, au cours d’une visite guidée, un masque se serait incliné pour ne pas se faire prendre en photographie par une Européenne qui tentait d’avoir ses clichés. Le maître du musée a dû ranger ce masque dans la réserve pour éviter d’autres surprises qu’on ne saurait prévoir. A ce premier pavillon, le fondateur du musée a donné le nom de « pavillon de la bendrologie ». La « bendrologie » étant le langage ou la science du « bendré » qui est la calebasse-tam-tam.

Un peu à côté, nous poursuivons la visite dans un autre pavillon. Cette fois ci, il ne suffit pas de se décoiffer et de ranger les appareils photos. Il faut en plus entrer à reculons. « Nous sommes devant le pavillon le plus sacré et le plus respecté du musée selon la tradition des mossi », prévient le guide. C’est « le pavillon de la mort ». Les visiteurs entrent en marchant à reculons jusqu’à poser les pieds sur tapis avant de se retourner. Le guide nous fait vivre les scènes d’un rite funèbres. L’annonce du décès, l’inhumation, les funérailles, chaque étape est représentée avec les différents personnages.

Plus loin, dans une autre enceinte, nous allons à la découverte d’un cimetière. La première impression, le cimetière s’étend à perte de vue. Et cette infinie étendue est une réalité du moins jusqu’à ce qu’on découvre que c’est un mirage. En effet, il a été placé de grands miroirs sur les murs des trois côtés de la pièce et grâce aux reflets que renvoient les miroirs de chaque côté, les tombes sont multipliées infiniment donnant au cimetière une étendue sans limites. Les tombes sont surmontées de pierres tombales qui caractérisent le défunt qui y est enterré. Les pierres tombales sont ainsi de trois types : les pierres tombales à mortiers quand il s’agit d’une femme, les pierre tombales à deux visages quand il s’agit d’un jumeau et les pierre tombales à colonne sur les tombes des hommes.

A l’extérieur des salles, c’est l’autre partie du musée consacré à la reconstitution des habitats traditionnels de différentes ethnies du Burkina. Cette partie du musée est en construction mais nous avons pu rendre visite à une « famille bobo ». C’est une maison en R+1. La femme est au rez-de-chaussée et son mari est à l’étage. Les deux pièces communiquent via une passerelle nantie d’une échelle. La maison est meublée avec des objets utilitaires (vases, grenier à céréales) et des objets de décoration. Dans la troisième pièce de la maison qui est le salon, se trouve creusée une tombe qui attend béatement son locataire. C’est là que sera inhumé le chef de la maison quand il décédera. Le fait d’inhumer le patriarche oblige ses descendants à ne pas abandonner cette maison par simple migration ou par vente.

Le masque est au cœur de la vie des populations anciennes. On pourrait dire qu’il n’y a pas de cérémonie sans la présence de masques. Ils sont présents, dans le malheur comme dans le bonheur. Le musée a une gamme de plus de 350 masques, tous différents les uns des autres en fonction de leur rôle social et de leur provenance ethnique mais les masques ne sont pas tous exposés. Nous avons pu voir des masques de la région de Bobo, Houndé et Toussiana, ils sont des masques papillon, des masques coq, des masques bélier, des masques épervier, etc.

La plupart des masques sont des masques funèbres, certains ayant participé à des rituels de mort, sans lesquels rituels, il est considéré que l’âme du mort n’a pas encore quitté la famille et par conséquent il ne saurait avoir le repos éternel et paisible. Les masques funèbres gourounsi ont trois couleurs. Leurs têtes sont soit en noir, en rouge ou en blanc. Le noir pour représenter le cœur, le rouge pour le sang et le blanc pour le destin. Les tenues des masques sont en fibres et ils tiennent un bâton qui leur permet de prendre de l’équilibre pour la « danse » et de faire reculer les gens quand il faut. Selon notre guide, il est impropre de parler de masque qui danse. Le masque ne danse pas mais il dit un message comme un stylo qui ne danse pas sur la feuille mais plutôt écrit un message.

Ce qui a aussi impressionné les journalistes (cette fois ci hors du musée mais juste à côté), c’est l’immense dalle en représentation de la carte de l’Afrique. Cette dalle du Mouvement Aide à Toute Détresse (ATD quart monde) est une place non seulement symbolique mais sacrée pour les pauvres. Elle est la première dalle du genre à être implantée en Afrique.

Après avoir voyagé si loin dans le temps (le guide atteste que les objets exposés datent de plusieurs siècles voire le millénaire), on sort des pavillons avec la sensation de faire un retour sur Terre. On retrouve l’Afrique du 21ème siècle et avec tous les contrastes. Mais toute cette journée aura été une journée d’introspection pour le Réseau de journalistes. Même loin du domaine clôturé du musée, c’est tout Manéga qui respire la tradition. Quelques « vestiges » défient les temps modernes et rappelle vaguement l’histoire de ce village. Tout autour du palais royal, sont dressés d’impressionnantes statues de pachydermes (éléphants et éléphanteaux) et autres monuments. Avant de quitter Manéga, les journalistes ont rendu visite à sa Magesté le chef coutumier de Manéga. Les visiteurs ont eu des échanges aimables avec le chef et posés avec lui dans une photo de famille avant de prendre le chemin du retour.

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