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Publié le 14 mai 2009

« La problématique des reportages facturés dans les organes de presse »

De l’exposé des 2 panelistes, il ressort que c’est en 1996 que les autorités se sont posées la question de la facturation des reportages. Au regard de la forte sollicitation des médias publiques, la ministre de l’info à l’époque Beatrice Damiba a sorti une note pour demander aux nombreuses ONG qui étaient de plus en plus demandeuses de reportage de contribuer à supporter les coûts. Une mesure qui s’est par suite étendu à l’ensemble des organes de presse du pays. Une situation qui a engendré comme conséquence la confusion entre publi-reportage et reportage pur. Elle pose également le problème de l’accès aux médias car dans de nombreuses entreprises de presse on fait très peut de différence entre une information à caractère commercial et « l’information pur » ; cela entraîne une facturation de la quasi-totalité des demandes de reportages. Il y a donc nécessité de définir un pourcentage réservé aux publi-reportages dans chaque parution pour permettre de prendre en compte les vrais reportages. Seule une presse objective peut jouer le rôle d’observateur critique et rendre autonomes les populations qu’elle sert en les informant sur sujets qui touchent leur quotidien et en leur donnant l’assurance que leur participation a une importance. Elle peut là aussi renforcer la société civile en garantissant au public l’accès à la pluralité des opinions et la possibilité de les discuter. C’est elle qui est la plus à même de représenter les points de vue locaux, en offrant la possibilité de transformer des récepteurs passifs en participants de premier plan.

Tiergou Pierre Dabiré de l’association des journalistes du Burkina et Félix Koffi Amétépé

Mais la vraie question qui se pose c’est comment travailler avec les médias ?

A ce sujet nous partageons ici avec vous l’expérience d’un journaliste :

« En tant que journaliste, j’ai eu à réaliser de nombreux reportages sur des thèmes sociaux, politiques et de développement, pour mon organe de presse. Durant ma collecte d’information j’étais souvent frustré car la plupart des organisations ou structures avec lesquelles je travaillais, n’arrivaient pas à comprendre ce que j’attendais d’eux. Je désirais de simples histoires sur l’expérience personnelle des gens. Au lieu de cela, on me donnait de longs communiqués de presse remplis de termes techniques dont la compréhension nécessitait plusieurs coups de fil.

Lorsque je contactais des organisations pour demander des témoignages, certaines personnes étaient tellement effrayées de parler à un journaliste qu’elles promettaient de me rappeler et ne le faisaient jamais.

A l’autre extrême, certaines organisations offraient des « déjeuners » et des conférences de presse autour de questions que j’aurais pu traiter en quelques coups de fil. En tant que journaliste, ce que je trouvais le plus utile était de courtes conférences de presse durant lesquelles je trouvais des faits pertinents et des éléments potentiellement intéressants à utiliser dans mon organe. Au lieu de cela, j’étais invité à de superbes cérémonies avec des tas de discours. Avant de pouvoir entendre les faits qui m’intéressaient, mon directeur furieux, me demandait au téléphone, de revenir à la rédaction ou de passer à un autre sujet.

Avec l’expérience, je suis devenu plus sélectif quant à mes sources d’information. Je refusais nombre de conférences de presse et découpais en morceaux les communiqués de presse longs et ennuyeux dès qu’ils arrivaient sur mon bureau. J’ai vite réalisé que seules quelques organisations savaient réellement comment travailler avec les médias. La plupart d’entre elles, bien qu’elles fassent un excellent travail, restaient dans l’ombre tout simplement parce qu’elles ne savent pas comment faire passer leurs informations au public. »

Avoir de bonnes relations avec les médias

Pour travailler efficacement avec les médias, il faut avoir de bonnes relations avec les journalistes. Trouvez les journalistes locaux qui traitent des sujets liés à vos travaux. Apprenez à les connaître, cherchez à savoir quels journalistes s’intéressent aux thématiques sur lesquelles vous travaillez. Lorsque vous avez une histoire, vous pouvez la leur envoyer directement et les appeler au téléphone après. Ceci est souvent plus efficace que d’envoyer des communiqués de presse généraux.

La plupart des journalistes, à part ceux impliqués dans des domaines très techniques ou spécialisés, veulent des témoignages. Évitez de leur envoyer de longs rapports ennuyeux ou des documents de politique. Si un rapport spécifique est demandé, là si. Sinon, découpez ces rapports en petites histoires intéressantes axées sur vos préoccupations.

Si une conférence de presse s’impose, qu’elle soit courte. Surtout, soyez très précis sur le message que vous désirez faire passer. N’ennuyez pas les journalistes avec de longs discours sur votre organisation.

Les communiqués de presse devraient être courts et contenir l’information clé dans le premier paragraphe. Il y a plus de chances que les journalistes utilisent une histoire si elle est déjà rédigée sous la forme d’un article au style et à la longueur appropriés pour leur publication.

Il est très utile que les organisations disposent d’une personne spécialisée pour traiter avec les médias. On appelle généralement cette personne un(e) attaché(e) de presse ou un(e) responsable de l’information. Cette personne devrait être formée à bien communiquer avec les médias et capable d’avoir de bonnes relations avec les journalistes. Si votre organisation ne peut pas se permettre un tel poste, il faudrait former l’un des responsables de votre structure qui connaît mieux les thématiques sur lesquelles vous travaillez, afin qu’il s’occupe de cette importante tâche.

Bien que ce soit une bonne idée que de prendre l’initiative pour partager les informations, évitez d’avoir constamment recours aux médias. N’organisez pas des conférences de presse ou des repas inutiles avec les médias et n’essayez pas d’obtenir une publicité au rabais pour votre organisation. Les médias risquent de ne plus vous prendre au sérieux.

Ne permettez jamais que votre organisation se retrouve dans la situation de devoir payer pour que ses histoires sur ses excellents travaux soient publiées ou diffusées.

Votre histoire peut ne pas avoir d’intérêt immédiat pour la presse mais si vous exiger qu’elle soit publiée, vous pouvez négocier légalement avec les organes de presse et exiger une facture. Vous pouvez aussi procéder comme la GTZ. Lorsque cette organisation paie un reportage, il est fait mention que « le reportage est réalisé avec l’appui financier de la GTZ mais son contenu n’engage que son auteur ».

Faites aussi très attention aux cadeaux que vous offrez aux journalistes.

Répondez le plus rapidement et précisément possible aux questions des médias. Soyez honnête.

Dans les situations difficiles, n’ayez pas peur de refuser de répondre à une question. Essayez d’éviter les réponses inutiles comme « Je n’ai rien à dire ». En cas de doute, demandez un délai pour offrir une réponse précise et meilleure. Soyez ferme mais poli.

Les médias en tant qu’outil de plaidoyer

Les organisations peuvent utiliser les médias de manière stratégique pour faire connaître leurs objectifs, vision et buts à une plus grande audience. Si elles planifient bien, elles peuvent attirer l’attention d’un plus grand public sur les questions qu’elles traitent.

Il est très important que les organisations comprennent bien l’environnement médiatique des zones au sein desquelles elles travaillent. Souvenez-vous que les organisations médiatiques ont leurs propres vision et objectifs. Elles auront souvent leurs propres idées sur une question donnée. Ceci peut être connu ou caché mais a besoin d’être parfaitement compris. Sinon, une organisation risque de s’impliquer dans des relations qui, au lieu de soutenir et promouvoir ses travaux, pourraient la mettre à mal.

Conclusion

Pour terminer nous partageons avec vous cette citation qui d’un ami ivoirien au temps fort de la crise dans ce pays :

« Quand les individus ne peuvent se faire entendre dans l’arène publique, ni accéder à l’information sur des questions qui concernent leur vie, et lorsque leurs préoccupations ne sont pas suffisamment reflétées dans les médias, le développement se trouve généralement compromis et les fléaux, tels que les famines, sont moins susceptibles d’être évités. L’absence d’accès à la communication fragilise l’aptitude des pauvres à prendre part aux processus démocratiques. La frustration et l’aliénation face au manque de moyens d’expression conduisent à une désaffection pour la vie politique qui se traduit par de l’indifférence ou de la violence ».